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"L’adaptation au changement climatique ne peut être imposée d’en haut"

Voix du climat

Jan Landert travaille depuis plus de dix ans au sein du Département des systèmes agri-alimentaires du FiBL en Suisse, où il se consacre principalement aux évaluations de la durabilité. Dans le cadre du projet Interreg KlimaCrops, ce chercheur en sciences naturelles de l'environnement a étudié comment les exploitations de grandes cultures du nord-ouest de la Suisse peuvent s'adapter au changement climatique ainsi que les implications de cette adaptation sur leur rentabilité et leur impact environnemental.

En quoi consistait le projet KlimaCrops?

Comme on le sait, les phénomènes météorologiques extrêmes tels que les vagues de chaleur et les pénuries d'eau sont en augmentation. Cela compromet le rendement des cultures et pèse sur les revenus des exploitations agricoles. Le projet KlimaCrops portait précisément sur ces questions. En collaboration avec nos partenaires du centre Ebenrain, dans le canton de Bâle-Campagne, et de l'Office de l'agriculture du canton de Soleure, nous avons modélisé différents systèmes de culture – biologique et PER – en tenant compte de leur impact sur l'environnement, de manière à garantir aussi le revenu agricole à l'avenir (PER = prestations écologiques requises; en Suisse, condition préalable à l'octroi des paiements directs de la Confédération).

Comment avez-vous procédé?

En collaboration avec des conseillères et conseillers et des agricultrices et agriculteurs, nous avons défini deux exploitations types comme point de départ: une exploitation PER de grandes cultures et une exploitation laitière biologique. Les agricultrices et agriculteurs ont alors proposé différentes mesures d'adaptation, par exemple l'irrigation goutte à goutte plutôt que par aspersion, un travail réduit du sol, des mélanges de semences pour prairies temporaires résistant à la sécheresse, le mulch de transfert dans la production de pommes de terre, l'agroforesterie ou la culture de plantes adaptées telles que le tournesol à la place du colza et le sorgho à la place du maïs. Ces mesures n'ont pas été proposées par nous, les scientifiques, mais par les praticiennes et praticiens. Nous avons ensuite modélisé la rentabilité et l'impact sur l'environnement.

Comment avez-vous pris en compte le changement climatique dans vos calculs?

À l'aide d'un modèle de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), nous avons établi des prévisions de rendement pour l'année 2050 dans la région de Bâle-Campagne et de Soleure. Ces éléments ont ensuite été pris en compte dans le calcul de la rentabilité. Pour ce faire, nous nous sommes basés sur le contexte économique actuel, y compris en ce qui concerne le montant des paiements directs. Il s'agit bien sûr d'une estimation approximative, mais utiliser d'autres valeurs serait très spéculatif.

Quelles conclusions avez-vous tirées concernant la rentabilité?

En 2050, ces deux exploitations types enregistrent des pertes de marge brute de près de 10 %. Cette situation résulte d'une baisse des rendements dans les grandes cultures. La bonne nouvelle, c'est que les mesures d'adaptation peuvent quasiment compenser ces pertes, mais de différentes manières. Dans l'exploitation laitière biologique, ce sont surtout les mélanges de semences pour prairies temporaires plus résistants à la sécheresse qui ont fait la différence. Grâce à des techniques culturales préservant le sol, l'exploitation PER a pu percevoir davantage de paiements directs. En revanche, les cultures alternatives ont contribué au résultat négatif: elles ont dans l'ensemble généré des recettes moins élevées, soit parce qu'elles n'ont pas pu compenser entièrement les pertes de rendement prévues par le modèle, soit parce qu'elles ont atteint des prix de marché légèrement inférieurs.

Qu'en est-il des impacts négatifs sur l'environnement?

Dans ce domaine, on observe différentes tendances. À l'aide de FarmLCA, l'outil dédié aux analyses du cycle de vie conçu par le FiBL, nous avons analysé cinq indicateurs environnementaux sélectionnés, dont les émissions de gaz à effet de serre. Dans l'exploitation laitière biologique, l'impact environnemental global a légèrement augmenté, car la prairie temporaire adaptée produit davantage de fourrage, ce qui permet d'agrandir le troupeau de vaches laitières et entraîne donc une augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Il en va autrement pour l'exploitation PER: la réduction de l'utilisation des machines grâce au semis direct, la diminution des achats de fourrage grossier grâce à la culture de luzerne, le recours à l'irrigation goutte à goutte et le choix de grandes cultures plus extensives permettent de réduire l'impact sur l'environnement.

Qu'est-ce que cela signifie pour la pratique agricole?

Il n'y a pas de recette miracle. L'adaptation au changement climatique est possible, mais elle dépend fortement du contexte. Selon la structure de l'exploitation, il convient d'adopter un autre ensemble de mesures. Alors que l'exploitation PER peut, d'après le modèle, mettre en œuvre de nouvelles mesures en matière de travail du sol et ainsi bénéficier de paiements directs plus élevés, ce potentiel est déjà pleinement exploité dans la ferme biologique. 

Les paiements directs sont essentiels pour la rentabilité. La discussion avec les agricultrices et agriculteurs impliqués s'est également avérée particulièrement intéressante: ils ont souligné que la culture de plantes alternatives nécessitait un soutien supplémentaire sous forme de conseils et de formation continue ainsi que des conditions financières adaptées grâce à des paiements directs. C'est un message important à adresser aux responsables politiques et services de conseil.

Que retiens-tu de ce projet?

La pratique agricole regorge de savoir et de pragmatisme! Les agricultrices et agriculteurs avaient une idée très précise de ce qui était réalisable ou non dans leur exploitation. Ce réalisme est très précieux pour la recherche. Et cela vient confirmer ce que nous observons ailleurs: l'adaptation au changement climatique ne peut être imposée d'en haut; elle doit être développée ensemble.

Propos recueillis par Bernadette Oehen, FiBL

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Jan Landert